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Face à la chute des permis, Embuild réclame une baisse généralisée de la TVA sur les constructions neuves. Mais derrière ce remède apparent, une question demeure : veut-on vraiment rendre le logement plus accessible, ou simplement relancer un modèle de production qui continue trop souvent à mal répondre aux besoins et à maltraiter le territoire ?

 

Baisser la TVA sur le neuf ne réglera pas la « crise du logement »

Depuis des mois, Embuild alerte sur l’effondrement de la construction neuve en Belgique et réclame un taux de TVA réduit à 6% pour relancer le marché. La fédération affirme que les permis pour de nouveaux logements ont atteint en 2025 leur plus bas niveau historique depuis le début des années 2000 et estime que 900 000 logements supplémentaires seront nécessaires d’ici 2050, dont 280 000 en Wallonie.

Le constat est sérieux. Mais le remède proposé l’est beaucoup moins.

Réduire la TVA sur les constructions neuves peut sembler séduisant. Sur le papier, la mesure paraît simple, rapide, efficace. En réalité, elle risque surtout de subventionner indistinctement des opérations très différentes, sans répondre à la question centrale : quels logements faut-il construire, où, pour qui, et dans quel cadre territorial ?

Car la crise du logement ne se résume pas à un problème de fiscalité. C’est aussi une crise de l’offre inadéquate, de la standardisation des produits immobiliers, de la mauvaise localisation de nombreux projets et d’un modèle de développement qui continue trop souvent à consommer du sol sans répondre aux besoins réels des ménages.

C’est d’ailleurs ce que souligne, dans Vers l’Avenir le promoteur namurois Melvin Lecoq, actif avec Accès Habitat, entreprise fondée en 2019 dans la région de Namur. Son constat mérite d’être entendu : le problème ne tient pas seulement au niveau de TVA, mais aussi à l’écart entre ce qui est produit et ce que recherchent réellement les habitants.

Sur ce point, EPURES est clair : rendre le logement plus accessible ne peut pas signifier soutenir aveuglément n’importe quelle production neuve, n’importe où. Une politique publique responsable doit d’abord favoriser les projets qui renforcent les centralités existantes, recyclent le bâti, limitent l’artificialisation des sols et offrent des formes d’habitat réellement adaptées à l’évolution des ménages.

Or le taux réduit de 6% joue déjà un rôle spécifique dans les opérations de démolition-reconstruction, un régime fiscal étendu à l’ensemble du territoire belge sous conditions. Ce mécanisme vise précisément des projets plus complexes, souvent situés en tissu urbain, où les coûts de transformation sont plus lourds et où l’enjeu de renouvellement du bâti est majeur.

Généraliser cet avantage à toutes les constructions neuves reviendrait à brouiller le signal public. Pourquoi continuer à investir dans des sites urbains contraints, à assumer des coûts de démolition, de dépollution ou de recomposition, si les projets périphériques bénéficient demain du même avantage fiscal, sans porter les mêmes charges territoriales ?

Le risque est évident : affaiblir les dynamiques de reconstruction de la ville sur la ville, tout en renforçant des opérations plus faciles en extension. Ce serait une contradiction frontale avec les objectifs affichés de sobriété foncière, de limitation de l’étalement urbain et de recentrage du développement autour des noyaux déjà équipés.

Il faut donc renverser la logique. La vraie question n’est pas : comment vendre plus vite du logement neuf ? La vraie question est : comment produire mieux, dans les bons endroits, avec une vraie utilité sociale et territoriale ?

Cela suppose une action publique plus exigeante. Il faut soutenir prioritairement les projets qui répondent aux besoins réels, notamment les petits logements, les logements abordables, les logements accessibles à différentes étapes de la vie, ainsi que les opérations intégrées dans des tissus déjà urbanisés et bien desservis. Il faut aussi cesser de confondre relance du secteur et intérêt général.

Aider le logement, oui. Mais pas au prix d’un nouveau chèque en blanc à un modèle de développement qui a déjà montré ses limites.

Sources diverses