Les voiries drainantes et noues peuvent être utiles dans certains contextes, mais dans un site déjà à risque d’inondation et pour une commune sous tension budgétaire, elles constituent surtout un engagement lourd et risqué, ce qui justifie de les refuser pour un projet privé comme ceux de Nethen ou de Grez.
Une solution intéressante… sur le papier
Sur le plan théorique, ces dispositifs offrent des atouts réels :
- Ils permettent de temporiser et infiltrer une partie des eaux pluviales au plus près de leur source, ce qui peut réduire certains débits de pointe vers l’aval.
- Ils évitent, en principe, d’augmenter la charge sur les égouts existants, souvent déjà dimensionnés au plus juste.
- Ils s’inscrivent dans une logique de gestion durable des eaux pluviales, encouragée par les référentiels régionaux.
Mais ces « plus » ne se concrétisent que si la conception est très rigoureuse, l’exécution irréprochable et l’entretien assuré sur la durée.
Un lourd héritage pour la commune
Dès que la commune reprend la voirie, elle devient responsable de la sécurité, de l’entretien et du bon fonctionnement de l’ensemble : chaussée, talus, noues, fossés, massifs d’infiltration et ouvrages annexes.
- Ces voiries « techniques » sont beaucoup plus sensibles que des enrobés classiques avec simple égout : elles se colmatent, s’érodent et se dégradent plus vite si l’entretien n’est pas régulier et qualifié.
- Elles nécessitent des curages et nettoyages périodiques, des inspections après chaque gros orage, des interventions ciblées sur les talus et les zones d’infiltration.
- Dans une commune déjà en tension budgétaire, chaque nouveau tronçon de ce type augmente la charge structurelle d’entretien, alors que les marges financières pour la voirie sont souvent déjà limitées.
Autrement dit, la commune hérite d’ouvrages coûteux à suivre et à maintenir, sans garantie que le promoteur aura assumé correctement les phases critiques (chantier, mise en service, première années).
Conformité, réception et garanties : un risque asymétrique
Pour limiter les risques, la commune devrait :
- Imposer des prescriptions techniques très détaillées dès le permis (profils, matériaux, volumes, distances de sécurité, recul par rapport aux talus, modalités d’entretien) ;
- Contrôler de près le chantier,
Les zones destinées à l’infiltration (noues, bandes enherbées, massifs infiltrants, surfaces perméables comme les voiries) doivent être protégées pendant toute la durée du chantier contre les apports de boues, terres de terrassement, matériaux fins et béton - Exiger des plans « as built » et des preuves de bon fonctionnement (tests de perméabilité, essais de vidange) avant toute réception ;
- Prévoir une période de garantie suffisamment longue où le promoteur reste responsable des désordres (colmatage, affaissements, instabilité des talus) avant une reprise définitive.
En pratique, ce niveau de suivi est exigeant en temps, en expertise et en disponibilité, ce que toutes les communes ne peuvent pas garantir. Si ces conditions ne sont pas réunies, la commune se retrouve avec des infrastructures fragiles, mais une responsabilité pleine et entière vis‑à‑vis des riverains.
Les plus et les moins, mis en balance
Les plus
- Gestion locale des eaux pluviales, en phase avec les orientations régionales.
- Potentiel de réduction de certains débordements, si la conception et l’entretien sont irréprochables.
- Image de solution « verte » et innovante.
Les moins
- Sensibilité élevée au colmatage (boues de chantier, fines, apports agricoles et éoliens) et à l’érosion des talus et remblais.
- Entretien plus complexe et plus coûteux qu’une voirie classique, à assumer sur plusieurs décennies.
- Nécessité d’un contrôle technique serré à la construction et d’un suivi régulier, pour lequel la commune n’a pas toujours les ressources.
- Risque que, en cas de dysfonctionnement, les coulées de boue et inondations en aval soient aggravées plutôt que réduites.
Dans un contexte de site déjà problématique (ruissellement, coulées de boue, talus sensibles, remblais importants…), ces « moins » pèsent nettement plus lourd que les avantages théoriques.
Conclusion : pourquoi refuser dans les conditions données
En croisant ces éléments avec ces trois faits :
- Site déjà problématique en termes d’impact d’inondation et de coulées de boue ;
- Commune déjà en tension budgétaire ;
- Territoire soumis à des risques majeurs d’inondation,
Accepter une voirie drainante et des noues portées par un investisseur privé revient, pour la commune, à prendre sur elle un risque technique, financier et juridique disproportionné par rapport aux bénéfices attendus.
Dans ce contexte précis, il est raisonnable – et prudent – de conclure en faveur du refus de ce type de voirie, tant que :
- Les risques hydrauliques et géotechniques ne sont pas démontrés comme maîtrisés par des études indépendantes,
- Les coûts futurs d’entretien ne sont pas estimés, raisonnables, couverts ou partagés de façon crédible,
- Et que la commune ne dispose pas des moyens concrets pour assurer le suivi du chantier, puis de la voirie dans la durée.
La commune n’a pas vocation à devenir le garant technique et financier de dispositifs au profit d’investisseurs privés, surtout lorsque le site et la situation budgétaire multiplient les risques à long terme. En matière de prévention des inondations et d’entretien des dispositifs associés, les priorités communales doivent avant tout être concentrées sur les besoins essentiels du territoire et des habitants et non pas d’en créer de nouveaux.
Complément: propositions de prescriptions de construction, d’entretien et de contrôle des ouvrages infiltrants
Vous trouverez ci-dessous des propositions de prescriptions techniques applicables à la conception, à la réalisation, au contrôle et à l’entretien des ouvrages de gestion des eaux pluviales, tels que noues, fossés, massifs infiltrants et surfaces perméables. Il précise les obligations des maîtres d’ouvrage et gestionnaires afin de garantir la conformité des aménagements, de prévenir les risques de colmatage, d’érosion ou d’inondation, et d’assurer la pérennité hydraulique et géotechnique des dispositifs, en particulier dans les secteurs exposés aux ruissellements et aux aléas naturels.
Sauf erreur et omission. Nous vous invitons à consulter les sources sur le sujet.
Précautions de construction et de mise en œuvre
Les ouvrages de gestion des eaux pluviales (noues, fossés, massifs infiltrants, sous‑fondations drainantes, avaloirs, ajutages) doivent être réalisés conformément aux plans approuvés et aux prescriptions techniques du permis, en respectant les profils, pentes, volumes et niveaux de référence.
Les zones destinées à l’infiltration (noues, bandes enherbées, massifs infiltrants, surfaces perméables comme les voiries) doivent être protégées pendant toute la durée du chantier contre les apports de boues, terres de terrassement, matériaux fins et béton, notamment par des clôtures, des dispositifs de déviation des eaux de chantier et, le cas échéant, par une mise en œuvre en fin de chantier.
Les matériaux mis en œuvre dans les structures drainantes (granulats, couches filtrantes, géotextiles) doivent être conformes aux spécifications du projet, en particulier en ce qui concerne : la granulométrie, la perméabilité et la compatibilité avec le sol support, afin d’éviter la migration des particules fines et l’érosion interne.
Les travaux de remblai et de terrassement au droit des noues et en tête de talus doivent respecter les pentes et hauteurs autorisées. Tout ouvrage infiltrant doit être implanté entre autres hors d’une bande de sécurité d’au moins 3 mètres à partir de la crête du talus, sauf démonstration géotechnique spécifique validée par l’autorité compétente.
Avant la réception des travaux, le demandeur doit fournir un plan “as built” (profils en long et en travers, cotes de fonds de noues, niveaux d’ajutages, pentes, volumes utiles) ainsi qu’un procès‑verbal de contrôle de la perméabilité (ou des essais de fonctionnement) des ouvrages d’infiltration.
Contrôle et responsabilités au niveau communal
Au cours des travaux, les services communaux compétents doivent vérifier scrupuleusement si les prescriptions reprises au point précédent sont bien mises en œuvre. En effet, de la qualité du chantier dépendra le fonctionnement des dispositifs. La réception provisoire, abordée ci-dessous, ne permet la vérification de tous les aspects de cette mise en œuvre. Des rapports administratifs de visite réguliers doivent être établi.
La réception provisoire des voiries et aménagements hydrauliques ne peut intervenir qu’après visite contradictoire avec le service technique communal, qui vérifie la conformité des ouvrages aux plans et prescriptions, y compris la localisation et la géométrie des noues, fossés, massifs infiltrants et talus.
La reprise éventuelle des voiries et ouvrages dans le domaine communal est subordonnée à la production des documents suivants : plans “as built”, fiches techniques des matériaux, éventuels rapports géotechniques et hydrauliques, procès‑verbaux d’essais.
Une période de garantie à charge du demandeur, portant sur le bon fonctionnement des ouvrages de gestion des eaux pluviales (absence de colmatage anormal, stabilité des talus et des fossés, comportement des surfaces perméables), doit être prévue avant reprise définitive par la commune.
Risques de colmatage et mesures préventives
Les dispositifs d’infiltration doivent être conçus et implantés de manière à limiter les apports de sédiments:
- Interposition de bandes enherbées en amont des ouvrages,
- Stabilisation des entrées (petits enrochements, dalles, cunettes),
- Évitement des arrivées directes depuis des surfaces fortement érodables.
Lorsque les ouvrages sont situés à proximité immédiate de parcelles agricoles susceptibles de produire des apports éoliens ou hydriques significatifs (sols limoneux nus, cultures sarclées, pentes fortes), des mesures complémentaires doivent être prévues : haies, bandes tampon, fascines, ou autres dispositifs adaptés limitant les flux de particules vers les noues et surfaces perméables.
Entretien obligatoire et risques en cas de défaut d’entretien
Le propriétaire ou gestionnaire de la voirie et des ouvrages (commune ou association de propriétaires, selon le cas) est tenu d’assurer un entretien régulier, au minimum :
- Fauche ou tonte des noues et fossés plusieurs fois par an, en veillant à conserver la section hydraulique et la végétation utile,
- Enlèvement des sédiments et dépôts visibles (curage léger) au moins une fois par an, et curage plus profond en cas de réduction notable de capacité,
- Nettoyage des grilles, avaloirs, ajutages et dispositifs de régulation des débits après chaque épisode pluvieux important,
- Balayage ou aspiration des surfaces perméables (pavés drainants) à une fréquence adaptée au contexte (au minimum une fois par an, plus fréquemment en zone à forte production de poussières et particules),
- Désherbage des joints et surfaces perméables lorsque la végétation compromet la perméabilité.
Le défaut d’entretien susceptible d’entraîner la perte de capacité hydraulique (colmatage) ou la dégradation de la stabilité (érosion, affouillement, glissements) pourra être considéré comme une négligence engageant la responsabilité du gestionnaire en cas de dommages aux biens ou aux personnes.
Clause de sauvegarde en zone à risque
Dans les secteurs identifiés comme problématiques, l’autorité compétente peut exiger, en plus des prescriptions ci‑dessus, par exemple une étude hydraulique spécifique démontrant que les dispositifs projetés ne majorent pas les débits de pointe en aval, une analyse géotechnique et de stabilité des talus impactés, des mesures complémentaires de réduction du ruissellement à la source (aménagements agricoles, bandes enherbées, dispositifs en amont) en concertation avec les acteurs concernés.
Sources diverses
- https://www.cerema.fr/system/files/documents/2018/01/5_AServier.pdf
- https://www.gesteau.fr/sites/default/files/brochure-symasol_isbn_web.pdf
- https://leefmilieu.brussels/sites/default/files/user_files/pres-190321-gepp-1-6-dgep-fr.pdf
- https://www.aquawal.be/servlet/Repository/memento-infiltration_vapublier_2023-12-19—photos.pdf?ID=17792&saveFile=true
- https://environnement.wallonie.be/files/inondations/documents_a_telecharger/GISER/Fiches info&tech/GISER Tech1.01 Fossés&Noues_2024-04.pdf
- https://www.vivaqua.be/content/uploads/2021/02/Prescriptions-generales-relatives-aux-nouveaux-lotissements.pdf
- http://www.graie.org/graie/graiedoc/reseaux/pluvial/TA_FreinsAvantages/EauxPluviales-outil-techniquesalternatives-nouefosse-juin2014.pdf
- https://document.environnement.brussels/opac_css/elecfile/BRO_Gestion_des_eaux_pluviales_23_FR_WEB.pdf
- https://environnement.wallonie.be/files/inondations/documents_a_telecharger/Urbanisme/circulaire-relative-a-la-constructibilite-en-zone-inondable.pdf
- https://www.uvcw.be/no_index/files/12629-referentiel-constructions-et-amenagements-en-zone-inondable.pdf