Une partie des inondations dommageables ne provient pas d’un débordement de cours d’eau, mais du ruissellement des eaux de pluie qui se forme sur les versants, se concentre sur des vallons secs/fossés/thalwegs et arrive rapidement en aval. À l’échelle d’une commune, la stratégie la plus robuste consiste à agir avant cette concentration, en multipliant de petits dispositifs répartis sur les versants, sur terrains publics et privés, agricoles et forestiers. Le fil conducteur est simple : raisonner “bassin versant”, ralentir et stocker temporairement en amont, puis guider l’excès vers l’exutoire.
Ruissellement : de quoi parle-t-on, concrètement ?
Le ruissellement est l’écoulement de l’eau à la surface du sol lors d’une pluie, c’est l’eau qui ne s’infiltre pas. Il peut être diffus (lame d’eau étalée) ou concentré (écoulement localisé dans une dépression, un vallon sec, un fossé, une rigole, etc.). Les dispositifs de lutte ne sont pas interchangeables : la première étape technicienne est donc de qualifier le type de ruissellement qui alimente le point sensible. Un axe de ruissellement (axe de concentration) est un chemin préférentiel où des écoulements diffus se rejoignent progressivement et deviennent plus forts vers l’aval. La vitesse et l’intensité dépendent du bassin versant amont, mais aussi du sol/sous-sol, de l’occupation du sol, de la forme et de la pente du bassin, et de la pluie.
Le principe directeur : la logique amont–aval (et ses 3 leviers)
Les spécialistes comme la Cellule GISER (SPW) insiste sur une logique amont–aval : une gestion efficace commence par délimiter les bassins versants, caractériser le risque (diffus/concentré), puis intégrer les actions afin d’assurer une continuité hydraulique jusqu’à l’exutoire. Les actions portent sur trois axes simultanés : (1) limiter le volume ruisselé, (2) réduire la vitesse par un maillage hydraulique, (3) stocker autant que possible en amont et conduire l’excès vers l’aval. Ils préconisent aussi aussi la nature des solutions “d’hydraulique douce” : ce sont des ouvrages curatifs/palliatifs, destinés à gérer des flux occasionnels et relativement localisés (gros orages), en stockant temporairement et/ou en réduisant la vitesse, sans viser le stockage de milliers de m³. L’efficacité repose sur un ensemble de petits aménagements, peu coûteux et entretenables avec l’outillage classique d’une commune rurale.
Financement et maîtrise foncière (terrain privé : ce qui est faisable)L’article 640 du Code civil rappelle la solidarité amont–aval (fonds inférieurs recevant les eaux naturelles; interdiction d’aggraver la servitude).
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Repérer les axes : LIDAXES (et ses limites)
Pour passer du “point noir” à l’action, il faut d’abord objectiver le bassin versant contributif et les chemins préférentiels. La Wallonie met à disposition les LIDAXES : une carte issue d’une analyse du relief basée sur un relevé topographique LiDAR 2013–2014, qui identifie des successions de points bas reliés par un modèle mathématique, donc une information purement altimétrique. Elle renseigne des vallons temporaires (naturels ou artificiels : fossés, rigoles, cours d’eau temporaires) et la légende exprime la taille du bassin versant amont alimentant chaque pixel. Le SPW rappelle des limites essentielles : LIDAXES ne donne aucune information sur la quantité d’eau ruisselée ni sur la vitesse le long d’un axe, et les infrastructures/modifications de relief postérieures à 2013–2014 ne sont pas prises en compte. Il faut donc compléter par le terrain (profil en travers, pente longitudinale, obstacles, zones d’élargissement/resserrement) et par une lecture amont–aval, car la “solidarité amont–aval” conditionne la pertinence des mesures. Le SPW le formule explicitement : “la carte n’est pas le terrain”.
Pourquoi multiplier des petits dispositifs sur versants (y compris en forêt)
Freiner l’eau d’abord sur les versants, avant qu’elle ne soit trop concentrée et rapide. L’idée est de créer un maillage de résistance hydraulique (éléments linéaires, obstacles, micro-stockages) afin de réduire les vitesses, avec un effet sur le pic de crue et le dépôt de sédiments. Sur un territoire communal, cela revient à substituer une logique “un gros ouvrage en bas” par un programme “beaucoup de petits freins bien placés”, ce qui rend la stratégie moins vulnérable (si un ouvrage est saturé ou défaillant) et plus adaptable dans le temps. Surtout, cette logique concerne aussi la forêt : elle ruisselle en général peu grâce à l’interception par la végétation, la litière et l’infiltration, mais sa capacité d’infiltration peut être fortement diminuée par une mauvaise exploitation (tassement, ornières). Il faut encourager des pratiques de conservation (rémanents, plan de circulation, limitation tonnage, accès selon portance) et cite même des vallons secs soumis à des écoulements quasi torrentiels (ex. Forêt de Soignes) où des pièges à embâcles sont positionnés pour freiner les eaux.
La boîte à outils “hydraulique douce” (diffus vs concentré)
Une grille de lecture opérationnelle : traiter le diffus en amont/mi-pente, puis équiper les axes concentrés là où l’eau accélère.
- Bandes enherbées (ruissellement diffus) : zones semées (6 à 20 m), efficaces surtout en amont ou milieu de pente “là où le ruissellement n’est pas encore concentré”, jouant un rôle de barrière au ruissellement en nappe et piégeant des sédiments. Il vaut mieux plusieurs bandes de faible largeur (6 à 12 m) en amont et milieu de pentes problématiques qu’une bande très large en bas de pente.
- Barrages filtrants / fascines / filtres (ruissellement concentré) : barrières épaisses (branchages, copeaux, paille) perpendiculaires au flux, visant à ralentir et à créer une zone de sédimentation avec lesquels une diminution des vitesses d’un facteur 2 à 3 est constatée. Multiplier les dispositifs au milieu des pentes problématiques sur l’axe des écoulements concentrés est recommandé.
- Fossés et seuils : la “gestion raisonnée des fossés” (entretien par le tiers inférieur, création de seuils) pour ralentir l’eau, diminuer l’intensité des flux en aval et guider vers l’exutoire est nécessaire.
- Noues, mares tampons, haies : en espaces verts et terrains non bâtis, la gestion peut être complétée par des “haies, mares tampons, noues…”, notamment en bords de routes et espaces publics enherbés.
Exemples d’ancrage local (Grez-Doiceau) : Meerdael et Beausart
Ces principes deviennent très concrets lorsque l’on regarde des massifs forestiers situés sur versants qui “donnent” vers des vallées habitées ou des points sensibles en aval.
Bois de Meerdael (secteur Nethen) → vers la Nethen
Le Meerdaalwoud/Meerdaalbos est un massif à la frontière Vlaams-Brabant / Brabant wallon, dont la limite sud est proche de Hamme-Mille et Nethen, ce qui confirme son contact immédiat avec le versant au-dessus du village de Nethen . Le point d’attention n’est pas “la forêt en général”, mais les zones où des chemins, ornières ou vallons secs peuvent concentrer l’eau et accélérer les transferts vers l’aval, d’où l’importance de préserver la capacité d’infiltration (éviter tassement/ornières) et d’encadrer l’exploitation.
Bois de Beausart (Sart-Biez) → vers le Piétrebais
Le Piétrebais est l’un des cours d’eau majeurs pour la problématique inondation de Grez-Doiceau : la Province décrit un projet de zone d’expansion de crue sur le Piétrebais pour réduire le risque d’inondations à Cocrou et au centre, en rappelant que le centre est au confluent Train/Piétrebais. Dans cette perspective, les versants amont (dont des versants boisés) qui alimentent la vallée du Piétrebais constituent des secteurs où une stratégie de ralentissement “en amont” par dispositifs légers peut être pensée en complémentarité (maillage diffus + freinage du concentré).[5]
Sources diverses
- https://environnement.wallonie.be/
- https://spw.wallonie.be/sites/default/files/Orages-Inondations%20-%20La%20cellule%20GISER%20%C3%A9met%20une%20s%C3%A9rie%20de%20recommandations.pdf
- https://veille-eau.com/files/pdf/complement-analyse-biblio-bocage-ruissellement-inondations.pdf
- https://www.areas-asso.fr/wp-content/uploads/2018/12/capinftal-rapport-final.pdf
- https://www.areas-asso.fr/ressources/documents/fascines-et-haies-pour-reduire-les-effets-du-ruissellement-erosif/
- https://www.brabantwallon.be/actualites/actualites-une-zone-dexpansion-de-crue-sur-le?u=8330a0d87f4f45458f376a17e79f8c3d