Skip to main content

Dans la presse comme ici, sont présentés des cartes et des rapports qui évaluent les risques d’incendie en région wallonne.  La vallée de la Dyle et singulièrement Grez-Doiceau et y sont à plusieurs reprises évoqués. Voici ce que nous avons compris.

Attention : aucune panique. Il sagit dune carte de probabilité statistique, pas dune carte d’aléa.  La carte ne dit pas « cet endroit est physiquement dangereux« , elle dit « des feux se sont statistiquement déjà produits dans des endroits qui ressemblent à celui-ci« .

Vous trouverez plus dexplication sur la différence entre les deux plus loin dans larticle.

Pourquoi Grez-Doiceau est-elle renseignée ?

Trois facteurs qui se combinent

Le rapport ne cite pas une cause unique mais une combinaison de trois éléments géographiques et statistiques propres à la vallée de la Dyle, qui se retrouve précisément à Grez-Doiceau.

Boisements classés à forte probabilité d’ignition

La commune est encore fortement boisée : environ 20% du territoire communal est en terre boisée, concentré sur les versants de la vallée (Bois de Beaumont, Bois du Libel, Bois des Vallées et autres). Ces massifs sont dominés par des chênaies-boulaies acidophiles et, localement, par des plantations de résineux comme le pin sylvestre — des essences qui, combinées au type de sol sablonneux caractéristique du Brabant sablo-limoneux, correspondent au type d' »environnement » (occupation/type de sol/usage) que le modèle Depicker associe statistiquement à une probabilité d’ignition plus élevée dans son calcul.

Interface habitat-forêt marquée historiquement

Le développement urbanistique de Grez-Doiceau depuis les années 1950-60 s’est fait précisément sur les flancs boisés des vallées, d’abord via des résidences secondaires isolées profitant de la vue dégagée, puis via des lotissements implantés directement dans des zones boisées et isolées comme le Val Vert à Pécrot ou le Bois du Bercuit. Cette logique historique d’urbanisation en lisière ou au sein même des boisements crée une interface habitat-forêt particulièrement étendue et dense, exactement la configuration que le rapport identifie comme facteur aggravant de vulnérabilité.

Morphologie de vallée encaissée

La topographie locale accentue ce risque. La vallée de la Dyle à Grez-Doiceau présente un fond alluvionnaire plat mais des versants abrupts et découpés, séparés par de vastes plateaux. Cette morphologie en vallonnements serrés mais d’amplitude verticale marquée est décrite comme caractéristique de toute la vallée de la Dyle, de Bousval à Grez-Doiceau. Une telle configuration favorise, en cas d’incendie, un effet de cheminée le long des versants boisés pentus, ce qui accroît la vitesse de propagation vers l’habitat installé sur ou en bordure de ces pentes.

Pourquoi cette combinaison ressort statistiquement

C’est la superposition de ces trois éléments — boisement classé à risque, habitat historiquement implanté en lisière ou dans le bois, et relief de versants pentus typique des vallées encaissées — qui explique que Grez-Doiceau, Chaumont-Gistoux, Villers-la-Ville et Court-Saint-Étienne ressortent ensemble comme la zone à risque du « centre du Brabant wallon / vallée de la Dyle » dans le rapport AWAC-LEMA. Le rapport note d’ailleurs que cette règle est générale en Wallonie : la vulnérabilité la plus forte se concentre « dans les communes situées le long des rivières, souvent dans leur partie les moins urbanisées, là où les versants sont boisés et l’habitat est développé » — une description qui correspond presque littéralement à la géographie de Grez-Doiceau.

Que disent réellement ces cartes et rapports

Une carte de probabilité statistique, pas une carte d’aléa

Une carte d’aléa décrirait normalement la réalité physique du danger : quelle quantité de combustible est présente, quelle est la sécheresse du sol, l’exposition au vent, la pente, etc. Ce type de carte n’existe pas en Wallonie. À la place, le rapport utilise une carte de probabilité d’ignition, c’est-à-dire une carte qui dit « statistiquement, à quelle fréquence un feu s’est déjà déclaré dans ce type d’endroit dans le passé », calculée par la règle de Bayes à partir d’un historique d’incendies (articles de presse 1994-2016 et interventions des services de secours 2010-2013). C’est une différence fondamentale : la carte ne dit pas « cet endroit est physiquement dangereux« , elle dit « des feux se sont statistiquement déjà produits dans des endroits qui ressemblent à celui-ci« .

Trois covariables limitées

Le modèle Depicker et al. (2020) ne croise que trois variables pour classer chaque portion du territoire : l’occupation du sol, le type de sol et l’usage du sol. Les auteurs expliquent que ce choix est volontaire : plus de variables auraient créé trop de combinaisons possibles (plus de 20 « environnements » types) et rendu le modèle statistiquement instable avec le peu de données d’incendies historiques disponibles. Concrètement, cela veut dire que des facteurs pourtant déterminants dans le risque réel — la météo, la sécheresse, le vent, la densité de population, l’essence des arbres (résineux vs feuillus) — sont absents du calcul.

Re-seuillée pour la Wallonie

La carte originale de Depicker et al. couvrait toute la Belgique, avec des seuils de classification calibrés sur l’ensemble du pays (où dominent des zones à très faible risque, comme la Flandre agricole). Comme la Wallonie est globalement plus boisée, appliquer les mêmes seuils aurait classé presque tout le territoire wallon en risque élevé, ce qui n’aurait pas été discriminant. Jacquemin (LEMA-ULiège, 2024) a donc recalculé empiriquement de nouveaux seuils propres à la Wallonie, pour que les 4 classes (faible, moyen-faible, moyen-élevé, élevé) reflètent mieux les contrastes réels à l’intérieur du territoire wallon.

Tampons de 100/200/400 m calés sur un benchmark international

Une fois les zones de probabilité d’incendie tracées, il reste à définir jusqu’à quelle distance autour de ces zones un ménage est considéré comme exposé. Plutôt que d’inventer une distance, les auteurs ont repris des pratiques réglementaires déjà appliquées dans des pays très exposés aux feux de forêt (France, Canada, Australie) :

Distance Ce qu’elle représente Origine
100 m Risque très élevé, débroussaillement obligatoire Norme de débroussaillement utilisée dans ces pays
200 m Risque élevé Distance « traditionnellement » retenue pour évaluer l’impact d’un incendie
400 m Nuisances (fumées) sans risque élevé direct Zone de comparaison, pas un seuil réglementaire strict

En résumé : la méthode ne mesure pas un danger physique réel et local, mais une probabilité statistique passée, simplifiée à 3 critères, ajustée à la main pour la Wallonie, puis étendue par des distances forfaitaires empruntées à d’autres pays — ce qui explique en grande partie pourquoi le zonage peut sembler incohérent à l’échelle d’une parcelle précise.

Comment obtenir un outil pratique

Des pistes ont été proposées lors d’ateliers sur le sujet ou par les auteurs du rapport.

Une carte d’aléa arrêtée par le Gouvernement wallon

Le rapport insiste sur le fait que l’outil actuel n’est qu’un indicateur de probabilité statistique, pas une vraie carte d’aléa. Les auteurs appellent donc à ce que la Région produise une carte officielle, validée politiquement par le Gouvernement wallon, qui décrirait le danger physique réel plutôt qu’une simple fréquence historique. Concrètement, cela impliquerait d’intégrer des paramètres aujourd’hui absents du modèle : la sécheresse des sols, le régime des vents, la nature des essences forestières (une chênaie dépérissante est plus inflammable qu’une chênaie saine) et les incendies historiques spécifiquement liés aux habitations plutôt qu’aux seuls massifs forestiers. Une carte « arrêtée » par le gouvernement aurait aussi une valeur juridique et opérationnelle que n’a pas la carte actuelle, purement scientifique.

Une cartographie « en direct » via ReZonWal

Le Département de la Nature et des Forêts (DNF) travaille déjà, via les groupes de travail ReZonWal, sur une cartographie du risque mise à jour en temps réel plutôt que figée. L’idée est que le risque d’incendie n’est pas constant : il varie selon les saisons, l’état de sécheresse du moment, et les conditions météo du jour. Une carte statique (comme celle du rapport AWAC-LEMA) ne peut donc représenter qu’une situation moyenne, alors qu’une carte dynamique permettrait aux services de secours d’ajuster leurs interventions et leur vigilance selon les conditions réelles au jour J, plutôt que de se fier à un zonage administratif fixe qui peut être daté de plusieurs mois ou années.

Une attention particulière à l’interface forêt-habitat

C’est l’un des points les plus débattus lors des ateliers utilisateurs de janvier 2025. Le constat est le suivant : végétaliser les villes est une bonne stratégie pour lutter contre les îlots de chaleur urbains, mais cela peut aussi accroître localement le risque d’incendie si cette végétalisation n’est pas pensée en termes de gestion du feu. La réponse apportée par l’ICEDD (qui développera le volet adaptation du projet) consiste à traiter les « coulées vertes » urbaines et périurbaines comme des forêts à part entière, avec les mêmes précautions : coupe-feux, gestion de la lisière habitat-forêt, analyse coûts-bénéfices avant plantation. C’est directement pertinent pour un dossier comme Jazy à Grez-Doiceau, où la proximité entre lotissement et boisement est justement la zone de vigilance identifiée par le rapport.

Une clarification des définitions

Plusieurs participants aux ateliers ont signalé que le rapport manquait de précision sur des notions pourtant centrales :

  • La distinction entre « forêt » et « bois » n’est pas définie, alors que ces termes ont des implications réglementaires diffé
  • Le sens exact de chaque niveau de probabilité (faible, moyen-faible, moyen-élevé, élevé) n’était pas explicité, ce qui rendait la carte difficile à interpréter pour des non-spécialistes.
  • Une question spécifique a aussi été posée sur la raison de la quasi-absence de la classe « low » sur la carte wallonne — réponse apportée par les auteurs : cette classe correspond surtout à de petits boisements proches de l’habitat, une catégorie peu représentée en Wallonie comparée à la Flandre.

Les auteurs ont indiqué que le rapport serait précisé sur ces points dans une version ultérieure.

Sources diverses