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Le changement climatique impose désormais de penser l’adaptation de nos territoires. Canicules, sécheresses, inondations, érosion : face à ces phénomènes, les réponses ne peuvent pas se limiter aux infrastructures techniques. Une autre voie consiste à s’appuyer sur les écosystèmes eux-mêmes.

C’est le principe des « solutions fondées sur la nature » (SfN), mises en avant par l’ADEME. Elles consistent à protéger, restaurer ou gérer durablement des écosystèmes afin de répondre à des défis de société, tout en améliorant leur fonctionnement et en favorisant la biodiversité. Elles permettent ainsi de traiter simultanément deux crises : le dérèglement climatique et l’érosion de la biodiversité.

Rafraîchir les villes sans tout bétonner

En ville, l’arbre constitue l’un des exemples les plus évidents. Il fournit de l’ombre, mais son action ne s’arrête pas là : par évapotranspiration, il contribue au rafraîchissement de l’air, tout en filtrant certains polluants et en fournissant des habitats à la faune.

Cela ne signifie pas pour autant qu’il faudrait planter des arbres partout. Dans une rue très étroite, encombrée par les réseaux souterrains, une ombrière peut parfois être plus pertinente. L’enjeu est donc moins d’opposer systématiquement « solutions vertes » et infrastructures classiques que de déterminer, dans chaque situation, quelle combinaison est la plus adaptée.

L’ADEME cite notamment le projet Renouv’Eau à Villefranche-de-Rouergue, où une place fortement minéralisée et utilisée comme parking a été végétalisée. Les places de stationnement ont été redéployées ailleurs et le projet a été accompagné par la renaturation d’un ruisseau traversant le centre-ville. L’exemple montre aussi que l’adaptation climatique est une question d’aménagement, mais également de concertation avec les habitants, les commerçants et les usagers.

Redonner de l’espace à l’eau

Les cours d’eau constituent un autre terrain privilégié pour les solutions fondées sur la nature.

Pendant des décennies, de nombreuses rivières ont été rectifiées, canalisées ou bétonnées afin de contrôler leurs écoulements. Or cette artificialisation peut contribuer à accélérer les flux et à aggraver les conséquences des crues.

Restaurer les méandres d’une rivière, reconnecter des zones humides ou créer des zones d’expansion des crues revient au contraire à redonner de l’espace à l’eau. Lors d’un épisode de crue, ces espaces peuvent temporairement absorber une partie du surplus d’eau. En période chaude, ils contribuent également au maintien de zones plus fraîches et constituent des habitats pour de nombreuses espèces.

Le projet mené autour de la Reyssouze et du Canal de Loëze, près de Bourg-en-Bresse, illustre cette approche : des secteurs bétonnés ont été renaturés, des méandres recréés et des espaces d’expansion des crues restaurés. La lutte contre les inondations devient ainsi également une opération de restauration écologique.

Cultiver avec le vivant plutôt que contre lui

L’agriculture constitue un autre domaine où les solutions fondées sur la nature peuvent jouer un rôle important.

Couverture des sols, réduction du labour, compost, paillage, diversification des cultures, jachères, mares, haies ou agroforesterie permettent de renforcer la capacité des sols et des écosystèmes à résister aux épisodes climatiques extrêmes.

Les haies ralentissent notamment les ruissellements et constituent des habitats pour de nombreuses espèces. Les arbres implantés dans les parcelles peuvent fournir de l’ombre, contribuer à l’apport de matière organique au sol et offrir des refuges aux auxiliaires des cultures. Les mares peuvent, quant à elles, retenir temporairement de l’eau en période humide et contribuer à sa disponibilité en période plus sèche.

L’objectif n’est donc pas simplement de « revenir à la nature », mais de concevoir des systèmes agricoles qui utilisent davantage les fonctions assurées gratuitement par les écosystèmes. L’ADEME présente notamment des expérimentations menées en Guadeloupe et des projets d’agroforesterie en Occitanie.

Attention à la solution miracle

Il serait cependant erroné de considérer les solutions fondées sur la nature comme une réponse universelle.

Une solution pertinente dans un territoire peut être inadaptée dans un autre. On ne recrée pas une dune là où les conditions naturelles ne le permettent pas. On ne plante pas nécessairement un arbre dans une rue où l’espace disponible est insuffisant. Et une protection contre les inondations conçue à l’échelle d’une seule commune peut parfois déplacer le risque vers l’aval.

Cette dimension territoriale est essentielle. Les écosystèmes fonctionnent rarement à l’échelle d’une parcelle ou d’une limite administrative. L’eau, les sols, les cours d’eau, les continuités écologiques et les îlots de chaleur doivent être appréhendés à des échelles plus larges.

Il faut également accepter une différence fondamentale entre une infrastructure classique et un écosystème : le vivant évolue. Une digue en béton peut être dimensionnée et modélisée ; une forêt plantée aujourd’hui évoluera pendant plusieurs décennies. Les solutions fondées sur la nature nécessitent donc un suivi dans le temps et la possibilité d’adapter la gestion en fonction des résultats observés.

Changer aussi notre regard sur la nature

La difficulté n’est pas uniquement technique. Elle est également culturelle.

Une végétation spontanée peut être perçue comme un manque d’entretien. Une mare peut susciter la crainte des moustiques. Une prairie moins souvent tondue peut être considérée comme négligée.

Pourtant, accepter davantage de nature dans les espaces urbanisés suppose précisément de modifier certains critères esthétiques et certaines habitudes de gestion. La végétation spontanée, les arbres morts, les mares, les prairies ou les espaces en libre évolution peuvent avoir une fonction écologique essentielle.

La réussite de ces projets dépend donc aussi de la capacité à expliquer leur fonctionnement et à associer les habitants à leur conception. L’ADEME souligne à ce titre que la gouvernance et la pédagogie sont aussi importantes que la solution technique elle-même.

Une question particulièrement importante pour les communes

Pour une commune, cette approche invite à changer la manière de concevoir les projets d’aménagement.

Avant de construire une nouvelle infrastructure pour répondre à un risque climatique, il peut être utile de poser une question simple : les fonctions recherchées ne pourraient-elles pas être assurées, au moins en partie, par un écosystème restauré ou préservé ?

Cette question peut concerner l’aménagement d’une place publique, la gestion des eaux pluviales, la protection contre les inondations, la végétalisation des rues, l’entretien des espaces verts, la restauration d’un cours d’eau ou encore la gestion des terres agricoles.

Elle ne conduit pas à renoncer systématiquement aux solutions techniques. Elle permet plutôt de les remettre dans une réflexion plus large, où la capacité des sols, de l’eau et du vivant à rendre des services au territoire est considérée comme une véritable infrastructure.

De l’adaptation à une autre conception du territoire

Les solutions fondées sur la nature présentent ainsi une caractéristique importante : elles peuvent produire plusieurs bénéfices simultanément. Une zone humide peut contribuer à la régulation des crues, préserver la biodiversité et offrir un espace de fraîcheur. Un arbre peut apporter de l’ombre, contribuer au rafraîchissement urbain, améliorer le cadre de vie et fournir un habitat à la faune. Une haie peut protéger les sols, favoriser la biodiversité et contribuer à la résilience agricole.

C’est cette multifonctionnalité qui leur donne une place particulière dans les politiques d’adaptation.

Mais elle impose également de sortir d’une logique de projet isolé. Adapter un territoire au changement climatique ne consiste pas seulement à ajouter quelques arbres, installer une noue ou restaurer une mare. Il s’agit de repenser progressivement l’aménagement du territoire en fonction de ses sols, de son eau, de ses continuités écologiques, de ses espaces agricoles et de ses besoins futurs.

La nature n’est donc pas une alternative romantique à la technique. Elle constitue une infrastructure vivante, dont il faut préserver et restaurer les capacités.

Pour les collectivités, la question n’est peut-être plus seulement : « comment nous protéger du climat qui change ? », mais aussi : « comment aménager nos territoires pour que les écosystèmes puissent eux-mêmes contribuer à nous protéger ? »

Source principale : ADEME, « Solutions fondées sur la nature : le vivant, allié de l’adaptation au climat », août 2026. Article original de l’ADEME

La définition institutionnelle des solutions fondées sur la nature est également reprise par le ministère français de la Transition écologique à partir de la définition de l’UICN. (Ministères Écologie et Transports)