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En Wallonie, certaines demandes de permis d’urbanisme ne sont pas soumises à une enquête publique, mais à une annonce de projet. Cette mesure particulière de publicité, organisée par le Code du développement territorial (CoDT), est moins étendue et moins visible que l’enquête publique.

Une procédure plus légère

L’annonce de projet concerne des demandes relevant du CoDT pour lesquelles une mesure de publicité est exigée sans que les conditions d’une enquête publique complète soient réunies. Elle peut notamment intervenir lorsqu’un projet nécessite certaines dérogations aux règles urbanistiques applicables. La procédure permet aux citoyens de consulter le dossier auprès de la commune et de faire parvenir leurs observations dans le délai indiqué par l’avis. Elle ne constitue cependant pas une enquête publique classique : ses modalités de publicité et de participation sont plus limitées. Cette distinction administrative a des effets très concrets. Un projet susceptible de modifier le cadre de vie d’un quartier peut être porté à la connaissance du public avec une visibilité bien moindre que celle attachée à une enquête publique.

Une information trop discrète

L’efficacité d’une procédure de participation dépend d’abord de la capacité des personnes concernées à savoir qu’elle existe. Or, l’annonce de projet repose essentiellement sur des formalités d’affichage et sur les modalités de publication prévues par la réglementation.

Dans la pratique, ces moyens sont insuffisants pour garantir une information effective de tous les habitants concernés.

• L’affiche placée à proximité du bien peut être peu visible, difficile à lire ou remarquée seulement par les passants réguliers.
• La consultation des affichages communaux ne fait pas partie des habitudes de la majorité des habitants.
• Les informations publiées en ligne sont parfois difficiles à trouver, insuffisamment détaillées ou dispersées entre plusieurs rubriques.
• Les riverains directement concernés ne reçoivent généralement pas d’avertissement individuel.
• Les délais sont courts face à des dossiers parfois techniques, comprenant plans, dérogations, notices et documents relatifs aux incidences du projet.
• Les personnes peu familières des procédures et les habitants moins présents dans leur quartier risquent davantage de passer à côté de l’information.

Le droit de réagir ne peut être réel que si l’information parvient effectivement au public avant que la décision soit prise.

Des projets aux effets réels

Le fait qu’un dossier relève d’une annonce de projet ne signifie pas qu’il soit sans conséquence pour le voisinage. Une demande peut concerner des dérogations qui influencent directement la forme du quartier et les conditions de vie de ses habitants.

Les enjeux peuvent notamment porter sur :

• La hauteur, le volume ou l’implantation d’une construction.
• La réduction d’un recul latéral, arrière ou avant.
• La densification d’une parcelle et l’augmentation du nombre de logements.
• La suppression d’espaces non bâtis, de jardins ou d’arbres.
• L’imperméabilisation des sols et l’aggravation potentielle du ruissellement.
• Les vues, l’ensoleillement, l’intimité et les nuisances de voisinage.
• Les accès automobiles, les stationnements, la sécurité des piétons et la circulation locale.

Ces éléments ne sont pas de simples détails techniques. Ils déterminent la qualité des quartiers, leur résilience face aux pluies intenses, la place accordée à la végétation et les possibilités de déplacement à pied ou à vélo.

Le risque du fait accompli

Une publicité réduite favorise le risque que les habitants découvrent un projet au dernier moment, voire après l’expiration du délai prévu pour formuler des observations. La participation dépend alors du hasard : voir un panneau au bon moment, consulter le bon site internet ou être averti par un voisin.

Cette situation est problématique lorsque la demande vise précisément à s’écarter des règles ordinaires applicables à la parcelle. Une dérogation traduit un arbitrage entre les caractéristiques du projet, les prescriptions existantes, le voisinage et l’intérêt collectif.

Simplifier une procédure administrative peut être légitime. Mais cette simplification ne devrait jamais avoir pour conséquence pratique de diminuer l’accès des citoyens à l’information ou de rendre moins perceptibles les projets qui transformeront leur environnement quotidien.

Mieux informer, sans attendre

Les communes peuvent aller au-delà du minimum réglementaire afin de rendre les annonces de projet réellement accessibles. Une information active et compréhensible améliorerait à la fois la transparence des décisions et la qualité du dialogue local.

EPURES invite notamment les communes qui ne le font pas encore à :

• Réunir toutes les annonces de projet dans une rubrique en ligne unique, clairement identifiable et régulièrement actualisée.
• Avertir les citoyens par l’envoi d’une lettre d’information numérique.
• Permettre la recherche par adresse, rue, quartier, date et nature de la demande.
• Publier les documents essentiels : avis, plans, notice explicative, dérogations sollicitées et modalités de réaction.
• Présenter en langage clair les effets principaux du projet et les règles auxquelles il est demandé de déroger.
• Garantir un affichage visible et lisible à proximité immédiate du site concerné, y compris dans les rues adjacentes concernées.
• Informer directement les riverains les plus proches, par courrier ou par voie électronique lorsque cela est possible.
• Prévoir une réunion d’information pour les projets complexes ou susceptibles d’affecter sensiblement le voisinage.
• Privilégier l’enquête publique lorsqu’un dossier soulève des enjeux importants de densité, de mobilité, de végétalisation, d’imperméabilisation ou de ruissellement.

Le numérique facilite l’accès aux dossiers, mais il ne peut suffire à lui seul. Un document disponible en ligne reste invisible pour celles et ceux qui ne savent pas qu’un projet les concerne.

Participation et qualité urbaine

L’urbanisme organise durablement l’usage du sol, l’évolution des paysages, les espaces verts, la mobilité et les conditions d’habitat. La participation du public n’est donc pas une contrainte secondaire : elle contribue à révéler les problèmes concrets, à améliorer les projets et à prévenir les conflits.

L’annonce de projet ne devrait pas devenir une voie de publicité minimale pour des dossiers ayant des incidences substantielles sur un quartier. Lorsqu’un projet demande une dérogation aux règles communes, il devrait au contraire être présenté de manière particulièrement claire, précoce et accessible.

Les habitants ont le droit de savoir ce qui se prépare dans leur rue, dans leur quartier et dans leur commune.

Sources diverses