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Certes, cette loi ne nous est pas directement destinée. Pourtant, elle reflète clairement l’état d’esprit , partout en Europe, de nombreux responsables politiques et lobbyistes, pour qui l’agriculture n’est rien d’autre qu’une industrie.

Contexte et contenu de la loi

La loi Duplomb, votée définitivement le 8 juillet 2025, a pour objectif affiché de « lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur » face à une crise profonde du secteur agricole en France. Proposée par les sénateurs Laurent Duplomb et Franck Menonville, et soutenue par les grandes organisations agricoles, elle a été adoptée malgré une forte mobilisation citoyenne et de nombreux avertissements scientifiques.

Les principales mesures contenues dans la loi :

  • Facilitation de la construction d’élevages intensifs, via l’assouplissement des procédures administratives.
  • Reconnaissance des mégabassines (grandes réserves d’eau pour irrigation agricole) comme « d’intérêt général majeur », simplifiant leur implantation.
  • Réautorisation conditionnelle de l’utilisation de pesticides interdits, en particulier des néonicotinoïdes (acétamipride).
  • Allègement général de la réglementation environnementale pour faciliter le travail agricole.
  • Obligation pour l’État de soutenir les recherches et d’indemniser les agriculteurs en cas d’interdiction de certains produits phytopharmaceutiques.

Impacts environnementaux

  • Dégradation accrue de la biodiversité : La réintroduction de pesticides néonicotinoïdes menace gravement les pollinisateurs, déjà en fort déclin, et représente un risque majeur pour les écosystèmes.
  • Pollution des sols et de l’eau : Les substances ré-autorisées sont persistantes et toxiques, entraînant une contamination durable des nappes phréatiques et des eaux potables, nécessitant des traitements coûteux et moins efficaces.
  • Favorisation de l’agriculture intensive : L’expansion des élevages industriels et les mégabassines accentuent la pression sur les ressources naturelles (eau, sols fertiles), accélérant leur dégradation.
  • Affaiblissement du principe de précaution : La mise à l’écart de l’Anses (autorité scientifique des risques sanitaires) dans l’évaluation et l’autorisation des produits phytosanitaires inquiète la communauté scientifique.

Impacts sociaux

  • Santé publique en danger : Les professionnels de santé estiment que l’exposition accrue de la population, notamment des enfants, aux pesticides comme l’acétamipride, augmente les risques de cancers, de troubles neurologiques et de perturbations endocriniennes.
  • Tensions et divisions sociales : La loi a provoqué une mobilisation citoyenne exceptionnelle — près de deux millions de signatures contre le texte et de nombreuses protestations dans tout le pays.
  • Dévalorisation du travail agricole durable : Les mesures prises favorisent l’agriculture conventionnelle intensive au détriment des producteurs engagés dans l’agrobiologie ou les pratiques agroécologiques, créant un sentiment d’abandon et d’inéquité parmi les agriculteurs engagés dans la transition.
  • Vulnérabilité accrue des agriculteurs : Malgré la levée de certaines contraintes, la compétitivité à court terme est privilégiée alors que les conditions de revenus, la résilience aux crises climatiques et économiques et la santé à long terme des agriculteurs restent ignorées.

Enjeux politiques et mobilisation

  • Contestation scientifique et associative : Le consensus scientifique était largement contre le texte, mettant en avant ses dangers pour la santé et l’environnement. Plusieurs ONG et collectifs ont déposé des recours devant le Conseil constitutionnel pour tenter de censurer tout ou partie de la loi.
  • Polarisation du débat public : Le débat s’est enflammé au point de voir émerger le slogan « Loi Duplomb, loi poison » et d’assister à des interpellations directes et émotionnelles de victimes dans l’hémicycle, symbolisant la rupture de confiance entre les citoyens, le monde politique et certains acteurs économiques.

La loi Duplomb, sous couvert de simplification administrative, renforce l’agriculture intensive au détriment de la protection de l’environnement, de la santé publique, et de l’équité sociale. Elle cristallise une crise profonde du modèle agricole français et pose la question du choix de société en matière d’écologie, de démocratie et de santé collective.

Sources diverse :