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Le Working Paper n°45 de l’IWEPS, « Espaces arborés et lieux de vie en Wallonie – Application de la règle 3-30-300 », applique, pour la première fois à l’échelle de la Wallonie francophone et de ses 252 communes, une méthode internationale d’évaluation de l’accès des habitants aux arbres et aux espaces verts. La finalité est de produire des indicateurs territoriaux utiles au suivi du droit à un environnement sain, à l’analyse des inégalités socio-environnementales et à l’orientation des politiques locales de végétalisation.

Règle 3-30-300

La règle, proposée par Cecil Konijnendijk en 2021, vise trois conditions cumulatives : voir au moins trois arbres depuis son lieu de vie, vivre dans un environnement comportant au moins 30% de couvert arboré, et habiter à moins de 300 mètres d’un espace vert public, dont la définition doit être précisée. Ces trois dimensions correspondent respectivement à la présence visuelle de nature, à la couverture arborée du voisinage et à l’accessibilité d’un lieu de détente ou de loisirs. Le document relie ces éléments à des bénéfices potentiels tels que le rafraîchissement, l’ombrage, l’atténuation du ruissellement, le bien-être, la pratique d’activités récréatives et le soutien à la biodiversité.  Le rapport souligne cependant que ces seuils restent des simplifications : le chiffre de trois arbres n’est pas fondé sur une preuve scientifique précise selon Konijnendijk, tandis que la qualité, la maturité, la diversité, la connectivité et l’accessibilité réelle des espaces verts ne sont pas entièrement saisies par les trois indicateurs.

Méthode wallonne

Les conditions « 3 arbres » et « 300 mètres » reposent sur l’enquête ISADF 2024 de l’IWEPS, menée du 15 septembre 2024 au 1er janvier 2025 auprès de 102 000 personnes tirées au sort ; 24 087 questionnaires exploitables ont été reçus, soit un taux de réponse net de 23,6%. Pour la première condition, les répondants devaient indiquer s’ils voyaient au moins trois arbres depuis leur logement. Pour la troisième, ils devaient déclarer s’ils accédaient, en moins de cinq minutes à pied, à un parc, un bois, une forêt ou un espace vert public ; les auteurs utilisent cette durée comme traduction pratique des 300 mètres. La condition des 30% de canopée est calculée à partir d’orthophotographies estivales de 2023, d’un modèle numérique de hauteur dérivé notamment du LiDAR 2020-2022, et des données de population géolocalisées de Statbel au 1er janvier 2024. Un élément végétal est assimilé à de la canopée lorsqu’il présente un NDVI supérieur ou égal à 0,2 et une hauteur d’au moins trois mètres. La canopée est ensuite mesurée dans un rayon de 500 mètres autour de chaque adresse de domicile, ce qui constitue un choix méthodologique du rapport pour définir le « voisinage ». Le masque de canopée produit atteint une exactitude globale annoncée de 96,2%, sur la base de 1 710 points photo-interprétés.

Résultats principaux

Condition Résultat wallon rapporté Lecture
Voir au moins 3 arbres 94,2% des habitants Condition la plus largement satisfaite.
Au moins 30% de canopée dans un rayon de 500 m 11,5% des habitants, soit 423 576 personnes, selon la section détaillée des résultats Condition la moins satisfaite ; 88,5% de la population n’atteindrait pas le seuil.
Accès à un espace vert en moins de 5 minutes à pied 78,3% des habitants Résultat fondé sur la déclaration des répondants à l’enquête.

À l’échelle de l’ensemble du territoire, la canopée d’au moins trois mètres couvre 525 523 hectares, soit 31,1% de la superficie wallonne analysée. Cette proportion est la plus élevée dans la province de Luxembourg (43,5%) et la plus faible dans le Brabant wallon (16,8%). Cette disponibilité territoriale ne correspond pas nécessairement à l’environnement quotidien des habitants : la couverture arborée moyenne autour des domiciles est de 17,2% dans un rayon de 500 mètres, et sa médiane est de 14,4%. Ainsi, 70,5% de la population, soit 2 602 131 habitants, vivent avec moins de 20% de canopée dans leur voisinage résidentiel. Le document met particulièrement en évidence le Hainaut : 77,4% de sa population a moins de 20% de canopée à proximité du domicile, contre 59,3% en Brabant wallon. Les auteurs observent aussi que l’importance des surfaces boisées d’une commune ou province ne garantit pas une canopée élevée autour des habitations.

Disparités territoriales

Pour le critère des trois arbres visibles, les résultats par groupes de communes vont de 80,1% à 99,2% ; les valeurs les plus faibles se situent notamment dans plusieurs territoires du Hainaut et le long de l’axe mosan liégeois. Pour la canopée, 28 communes ne comptent aucun habitant atteignant le seuil de 30% dans le rayon retenu, tandis qu’Esneux se distingue avec 83,8% de sa population qui satisfait cette condition. Les faibles valeurs se rencontrent notamment dans des territoires de grandes cultures de Hesbaye, du Hainaut, dans le Pays de Herve et à Mouscron.

Pour l’accès déclaré à un espace vert, les résultats communaux ou par clusters varient de 58,9% à 94,2%. Les niveaux les plus faibles sont surtout identifiés dans diverses parties du Hainaut et au nord de la province de Liège, tandis que le sud de la Wallonie obtient globalement des résultats plus élevés.

La synthèse des trois critères identifie des groupes de communes moins bien situés dans l’ouest du Hainaut, autour de Mons–La Louvière–Charleroi–Sambreville, ainsi que dans la ville de Liège et plusieurs communes situées au nord. À l’inverse, Viroinval, Vresse-sur-Semois, Esneux, Comblain-au-Pont, Spa, Stoumont et Trois-Ponts ressortent parmi les communes les mieux dotées selon l’agrégation proposée.

Apports et limites

L’apport principal du travail est le croisement d’un masque fin de canopée avec les lieux de résidence de la population, plutôt qu’une mesure limitée à la superficie arborée moyenne d’une commune. Cette méthode permet, selon les auteurs, de quantifier le nombre d’habitants concernés et d’identifier, à une échelle plus fine, les quartiers prioritaires.

Les résultats pour les critères « trois arbres » et « espace vert à proximité » sont toutefois issus de déclarations d’enquête ; ils sont représentatifs au niveau des 51 clusters de communes constitués pour l’ISADF, et non nécessairement au niveau de chaque commune prise isolément.

La mesure de canopée ne rend pas compte, à elle seule, de la qualité écologique ou paysagère des arbres, de leur état sanitaire, de leur diversité, des obstacles entre l’arbre et le logement, ni de la qualité, de la sécurité ou de l’ouverture au public des espaces verts. Les auteurs insistent donc sur le fait que les indicateurs doivent guider une réflexion qualitative et contextualisée, et non une application uniquement « comptable » de seuils.

Perspectives proposées

Le rapport recommande de développer une cartographie wallonne harmonisée des espaces verts réellement accessibles au public, afin de remplacer ou compléter l’indicateur déclaratif des cinq minutes de marche. Il propose également de répliquer périodiquement l’exercice pour suivre l’évolution de la canopée et de croiser les résultats avec les données d’îlots de chaleur et les caractéristiques sociales des populations.

Source : Beaumont, B., Charlier, J., Fasbender, D., Feraud, B. et Reginster, I., 2025, Espaces arborés et lieux de vie en Wallonie – Application de la règle 3-30-300, Working Paper de l’IWEPS n°45, dépôt légal D/2025/10.158/10. Le document transmis renvoie au site de l’IWEPS : https://www.iweps.be.