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Sources: le Cahier de prospective n° 10 “La dépendance automobile en Wallonie : une analyse prospective” (projet AutoWal2050) publié par l’IWEPS en novembre 2025.


Namur, novembre 2025 – L’Institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statistique (IWEPS) publie AutoWal2050, une analyse prospective sur la dépendance automobile en Wallonie, réalisée à la demande du Service public de Wallonie – Mobilité et Infrastructures (SPW MI). Ce rapport systémique et anticipatif explore comment la place de la voiture pourrait évoluer d’ici à 2050, en identifiant les dynamiques à l’œuvre, les futurs possibles, ainsi que des recommandations pour l’action publique. (Iweps)

Un diagnostic systémique du modèle automobile wallon

Le rapport part d’un constat : l’automobile n’est pas seulement un mode de transport, mais un système technique, économique, territorial et culturel qui structure profondément la société wallonne. La voiture a façonné l’organisation de l’espace, l’économie régionale et les pratiques quotidiennes. L’étalement urbain, l’importance des infrastructures routières, une fiscalité principalement fondée sur les carburants et la culture de la possession automobile constituent des facteurs d’« auto-renforcement » qui perpétuent la dépendance. (Iweps)

La dépendance automobile se nourrit de trois grands mécanismes :

  • l’effet parc (nombre de véhicules et activités qui en dépendent),
  • l’effet réseau (prééminence des infrastructures routières),
  • l’effet club (avantages culturels et pratiques liés à la voiture).
    Ces phénomènes rendent les politiques publiques correctrices souvent limitées dans leur efficacité. Par ailleurs, la dépendance engendre des nuisances géopolitiques, environnementales, sanitaires et sociales, tout en maintenant des inégalités dans l’accès à la mobilité.

Une démarche prospective structurée

La méthodologie suivie par les auteurs s’articule autour de quatre grandes étapes :

  1. Délimitation de l’objet d’étude : définir la place de l’automobile dans la mobilité des personnes en Wallonie et sélectionner treize variables clés du système (politiques publiques, pratiques de mobilité, dynamiques territoriales, modèles économiques, etc.).
  2. Diagnostic rétro-prospectif : combiner une rétrospective historique de la dépendance automobile et la construction de dossiers prospectifs pour chaque variable.
  3. Exploration de futurs possibles : construire quatre scénarios contrastés à horizon 2050 via la méthode de l’analyse morphologique.
  4. Identification d’orientations stratégiques : tirer des scénarios des enseignements pour l’action publique et traduire les tensions clés en recommandations.

Quatre scénarios pour 2050

Plutôt que de proposer une seule prévision, AutoWal2050 imagine quatre trajectoires possibles à l’horizon 2050, chacune reflétant des combinaisons différentes de facteurs structurels et de décisions politiques :

1. Transition organisée, compétitive et équitable

Ce scénario suppose une stratégie publique volontariste, des investissements soutenus dans les alternatives (transports publics, modes actifs) et une urbanisation plus dense. La mobilité devient plus partagée et multimodale, avec une réduction significative des émissions et des émissions polluantes. Toutefois, les inégalités territoriales peuvent s’accentuer si les transitions ne sont pas accompagnées de mesures sociales fortes.

2. Verrouillage industriel et dépendance fossile

Dans ce scénario, l’Europe peine à se réorienter vers des solutions durables. Les pouvoirs publics protègent le statu quo et le modèle automobile classique persiste, reposant encore largement sur les énergies fossiles. L’usage individuel de la voiture reste dominant et les alternatives peinent à se développer.

3. Sobriété contrainte et coopération

Un choc énergétique ou des contraintes économiques fortes réduisent la mobilité, avec des politiques de rationnement et une baisse générale du trafic. La contrainte devient le principal levier de changement : les déplacements diminuent, les choix de mobilité sont guidés par la nécessité plutôt que par le confort, et certaines inégalités tendent à se réduire.

4. Politique pro-auto et dérive

Ce scénario imagine un renforcement des politiques favorables à l’automobile, où l’État soutient activement l’industrie et l’usage individuel. Les innovations technologiques (par exemple les véhicules autonomes) restent marginales, et la dépendance à la voiture perdure voire s’intensifie.

Tensions et enjeux pour l’action publique

Le rapport met en lumière plusieurs tensions qui traversent ces futurs possibles :

  • La nécessité d’agir simultanément sur les déterminants structurels (urbanisme, fiscalité, offre de mobilité).
  • Le rôle de l’État entre facilitateur de la transition et gestionnaire de l’existant.
  • La hiérarchisation des investissements entre routes et alternatives.
  • La justice sociale et territoriale dans l’accès à la mobilité.
  • Les imaginaires autour de la voiture et l’acceptabilité de politiques plus ambitieuses.

Conclusion

Le projet AutoWal2050 offre une lecture systémique et prospective de la dépendance automobile en Wallonie. Plus qu’une simple analyse statistique, il met en évidence les interactions complexes entre facteurs techniques, territoriaux, politiques et culturels. Les quatre scénarios proposés ne sont pas des prédictions, mais des chemins possibles illustrant les contraintes, les opportunités et les leviers décisionnels pour penser une mobilité plus soutenable, équitable et résiliente à l’horizon 2050. (Iweps)


NB. L’article dont est tirée l’illustration de couverture Proceed With Caution: Car Dependency and Sustainable Transportation  mérite une lecture 

En voici les points clés 

  • La dépendance à la voiture, et non la voiture en elle-même, constitue le principal problème des systèmes de mobilité actuels.

  • Les villes et territoires ont été largement conçus autour de l’automobile, ce qui a marginalisé les alternatives (transports publics, marche, vélo).

  • Ce modèle entraîne des coûts élevés : congestion, pollution, accidents, problèmes de santé publique et étalement urbain.

  • Les embouteillages extrêmes illustrent les limites structurelles d’un système reposant presque exclusivement sur la voiture individuelle.

Leviers pour une mobilité plus durable :

  • Renforcer les transports publics (fiabilité, sécurité, accessibilité financière), en particulier pour résoudre les problèmes du premier et du dernier kilomètre.

  • Développer la mobilité active (marche, vélo) via des infrastructures sûres et continues, avec des bénéfices directs pour la santé.

  • Rééquilibrer l’espace public en réduisant l’emprise de la voiture (voirie, stationnement) au profit d’usages plus collectifs et conviviaux.

  • Utiliser des outils politiques et fiscaux (péages urbains, taxation, réglementation du stationnement) pour limiter l’usage excessif de la voiture, tout en protégeant les publics vulnérables.

  • Repenser l’aménagement du territoire en favorisant des quartiers mixtes et compacts, réduisant la nécessité de déplacements longs et motorisés.

  • La transition vers une mobilité durable nécessite une approche intégrée et progressive, adaptée aux contextes locaux.

  • Le succès repose sur la coordination entre pouvoirs publics, urbanistes, entreprises et citoyens, ainsi que sur l’acceptabilité sociale des changements.