
Source de l’image: La convivialité selon Ivan Illich – Thierry Paquot // Margot Stuckelberger / Topophile
Le concept de ville chez Ivan Illich est celui d’une ville conviviale, entendue comme un milieu où les habitants gardent la maîtrise des outils matériels, techniques et institutionnels qui structurent leur vie quotidienne, au lieu d’en être les simples usagers captifs. Cette ville se définit par la capacité des personnes ordinaires à façonner leurs cadres de vie, à décider collectivement des usages de l’espace et à entretenir des relations sociales denses, plutôt que par la performance économique, la vitesse ou la connectivité technique.[1][2][3]
Ville conviviale selon Illich
Dans La Convivialité, Illich définit comme conviviale une société où l’outil reste proportionné à l’échelle humaine, contrôlé par ceux qui s’en servent, et ouvert à l’initiative et à la créativité de chacun. Transposée à la ville, cette exigence implique des formes urbaines et des dispositifs techniques qui soutiennent l’autonomie des habitants (marche, vélo, transports publics de proximité, espaces de quartier gouvernés localement) plutôt que des systèmes géants de transport, de logement ou d’expertise qui dépossèdent les citadins de toute prise sur leur environnement. La ville conviviale devient ainsi une cité politique et sensible, où « bien vivre » signifie pouvoir se déplacer, se rencontrer, se loger, décider et célébrer ensemble sans passer exclusivement par le marché ou les procédures administratives anonymes.[4][5][2][3][6][1]
Critique de la ville industrielle
La ville industrielle, pour Illich, est le terrain privilégié de la contre-productivité des systèmes modernes : la voiture censée libérer finit par engorger et immobiliser, les grands ensembles censés loger dignement se muent en « garages humains », et les réseaux de services produisent dépendance plutôt que liberté. Illich voit dans l’urbanisation motorisée et planifiée d’en haut un processus de destruction des communaux urbains (rues, places, friches, locaux partagés) au profit d’espaces soit privatisés, soit gérés exclusivement par des bureaucraties distantes, où les habitants n’ont plus qu’un rôle de clients ou d’usagers. Ce modèle engendre une ville fragmentée, faite de simples contiguïtés géographiques plutôt que d’une véritable cité, et nourrit un sentiment d’« inhabitable » qui pousse à la fuite en périphérie ou au repli sur des bulles privées.[7][5][3][6][8][1]
Analyses posthumes et actualisation
Les travaux de Silvia Grünig-Iribarren ont joué un rôle majeur pour expliciter et actualiser la pensée d’Illich sur la ville, notamment dans son livre Ivan Illich. Pour une ville conviviale ? et dans ses conférences récentes. Elle montre comment la critique illichienne du « développement » et des institutions industrielles éclaire l’urbanisation contemporaine, envisagée comme une « entreprise urbaine » qui promet des opportunités mais produit souvent exclusion, standardisation des modes de vie et contrôle social accru. Grünig-Iribarren met aussi en avant la dimension affective et politique de la convivialité urbaine : concevoir les lieux, les maisons, l’espace public « du point de vue de l’amitié » devient pour elle un geste subversif, qui renverse la logique marchande de l’aménagement en donnant priorité aux liens, aux communs et à la capacité d’agir des habitants.[5][2][9][7]
La “ville conviviale” du MAUSS
Le numéro 54 de la Revue du MAUSS, intitulé La possibilité d’une ville conviviale, prolonge cette actualisation en articulant Illich avec le convivialisme contemporain. Les auteur·es y proposent de penser la ville conviviale à partir de quelques principes : respect d’une commune humanité, valorisation de la richesse des rapports sociaux, légitime individuation (développement de soi sans nuire à la liberté d’autrui) et maîtrise non violente des oppositions, de manière à faire de la ville un lieu de conflit fécond plutôt que de guerre urbaine larvée. La ville conviviale y apparaît moins comme un modèle clé en main que comme un processus : une ville « faite par et avec les gens », toujours remise sur le métier par la pratique habitante, la participation politique locale, et la réinvention de communaux urbains au sein même d’une économie globalisée.[10][11][4][1]
Pistes pratiques contemporaines
Ces lectures posthumes convergent vers un ensemble de pistes concrètes pour l’urbanisme : réhabilitation des communaux (jardins partagés, ateliers, lieux associatifs, espaces auto-gérés), réduction de la place des véhicules « surpuissants », et priorisation systématique des mobilités lentes comme condition d’un espace public habitable. Elles insistent sur l’importance d’initiatives de municipalisme, de frugalité heureuse et de low-tech urbaines, où la technique est volontairement « réencastrée » dans des collectifs locaux capables de délibérer sur ses finalités et ses limites. Plutôt que d’ajouter une couche de « smart city » à une urbanisation déjà contre-productive, cette perspective propose d’utiliser Illich comme boussole critique pour transformer les villes existantes en cités plus décentes, hospitalières, et politiquement vivantes, à partir de micro-transformations portées par les habitants eux-mêmes.[12][8][7][1][5]
- https://www.revuedumauss.com.fr/media/P54.pdf
- https://topophile.net/savoir/la-convivialite-selon-ivan-illich/
- https://low-techs.ec-nantes.fr/resume-de-la-convivialite-divan-illitch
- https://journals.openedition.org/lectures/38815?lang=es
- https://www.youtube.com/watch?v=VkPTqZBtDBw
- https://philo-analysis.over-blog.com/2019/04/notes-de-lecture-ivan-ilich-la-convivialite-1973.html
- https://www.editionsbdl.com/produit/ivan-illich-pour-une-ville-conviviale/
- https://letempsdesruptures.fr/index.php/2022/03/24/la-convivialite-une-techno-critique-pour-resoudre-les-crises-ecologiques/
- https://journals.openedition.org/cm/1293?lang=en
- https://bookvillage.app/produit-revue-du-mauss,-n°-54.-la-possibilité-d’une-ville-conviviale-9782348054808-566514
- https://bibliotheques.paris.fr/doc/SYRACUSE/1241484/revue-du-mauss-54-la-possibilite-d-une-ville-conviviale
- https://chantierscommuns.fr/evenement/la-possibilite-dune-ville-conviviale/
- https://www.moliere.com/fr/grunig-iribarren-silvia-3b-duden-barbara-ivan-illich-pour-une-ville-conviviale-9782356874672.html
- https://www.abebooks.com/9782356874672/Ivan-Illich-Ville-Conviviale-Grunig-2356874674/plp
- https://www.mollat.com/livres/2371461/revue-du-mauss-n-54-la-possibilite-d-une-ville-conviviale
- https://www.iamm.ciheam.org/ress_doc/opac_css/index.php?lvl=bulletin_display&id=13245
Sources importantes
Ouvrages et thèses clés
Silvia Grünig-Iribarren, architecte et urbaniste, a consacré une thèse de doctorat en 2013 à Ivan Illich (1926-2002) : la ville conviviale, dirigée par Thierry Paquot, qui explore la critique illichienne de l’urbanisme industriel et propose une vision alternative centrée sur l’autonomie habitante. Cette thèse a donné lieu à l’ouvrage Ivan Illich. Pour une ville conviviale ? (éditions Le Bord de l’Eau, 2018), où elle actualise les idées d’Illich face à l' »entreprise urbaine » contemporaine, en soulignant la contre-productivité des villes opportunistes et en prônant un regard d’amitié sur les lieux. Grünig-Iribarren intervient également dans des publications comme la Revue du MAUSS n°54 (La possibilité d’une ville conviviale, 2014), où elle analyse la place de la nature et des communs dans une urbanité conviviale.[1][2][3][4]
Articles et revues académiques
La Revue du MAUSS n°54 (La possibilité d’une ville conviviale, La Découverte, 2014) réunit des contributions collectives, dont celle de Grünig-Iribarren, pour articuler convivialité illichienne et convivialisme contemporain, en insistant sur une ville faite par les habitants via des pratiques locales et des conflits non violents. Une recension détaillée de ce numéro paraît en 2020 dans Lectures (OpenEdition Journals), qui met en lumière la ville conviviale comme processus dynamique, opposé aux modèles standardisés, et nourri par la participation citoyenne.[2][5]
Publications récentes (2020-2025)
Dans The Ecological Turn: Design, Architecture and Anthropology Facing the Anthropocene (2022, University of Bologna), Silvia Grünig-Iribarren est citée pour son analyse de la ville conviviale illichienne, intégrée à des réflexions sur l’urbanisme écologique et les territoires intelligents vers plus de convivialité. Des rapports prospectifs comme Mission Prospective Wallonie 22 (2022-2023, Institut Destrée) évoquent la ville conviviale dans le cadre de quartiers résilients et durables, en lien avec les idées d’Illich sur la maîtrise locale des outils urbains. Bien que moins nombreux après 2023, ces travaux prolongent l’actualité du concept dans les débats sur la frugalité urbaine et l’Anthropocène.[6][7][8][9]
- https://www.editionsbdl.com/produit/ivan-illich-pour-une-ville-conviviale/
- https://www.revuedumauss.com.fr/media/P54.pdf
- https://www.recyclivre.com/products/2229321-ivan-illich-pour-une-ville-conviviale
- https://theses.fr/2013PEST1052
- https://journals.openedition.org/lectures/38815?lang=es
- https://www.institut-destree.eu/wa_files/philippe-destatte_dir_mpw22_rapport_2022_2023-02-12ter.pdf
- https://www.sortirdunucleaire.org/IMG/pdf/virage-energie.pdf
- https://cris.unibo.it/retrieve/8fb3592e-c753-409a-94a4-e3bdc3d803eb/2022_The Ecological Turn_Design Architecture and Aesthetics beyond Anthropocene.pdf
- https://www.youtube.com/watch?v=VkPTqZBtDBw
- https://library.oapen.org/bitstream/handle/20.500.12657/92452/1/9781040101339.pdf
- https://www.assemblee-nationale.fr/15/pdf/rap-off/i1823.pdf
- https://inis.iaea.org/records/30qv3-s0j78/files/45071171.pdf?download=1
- https://iris.polito.it/retrieve/handle/11583/2995729/e7018ce9-7b28-45e6-bb52-42b4622ca5e9/Bocci Bocco_2024_rooting empowering reactivating_L.pdf
- https://archipel.uqam.ca/17271/1/D4533.pdf
- https://irec.quebec/ressources/repertoire/memoires-theses/Francois_StAmant.pdf